La vie au Québec par Mounette, arrivée en 1988 !

Pour commencer je voudrais bien expliquer aux nouveaux arrivants que l’on n’immigre pas au Québec, pour apprendre l’Anglais, mais pour découvrir une culture et s’y intégrer. Bien que nous appartenions au continent Nord-Américain, le Québec est la seule Province francophone au Canada, fière et bien décidée à y rester! Le Québécois est un Nord-Américain qui parle français!

Installée depuis 1988 dans la « Belle Province » je vais essayer de vous la présenter tant dans ses qualités que dans ses défauts, ou plutôt aborder les handicaps que vivent tous immigrants ici ou ailleurs.

Bien que n’ayant pas vécu personnellement ces nombreux exemples, j’écris ce résumé pour témoigner de tout ce que j’ai vu, entendu et a supporté un membre de ma famille, des amis tous immigrants reçus et davantage par mes compatriotes maghrébins et qui m’attriste profondément. Mais je me dois de préciser qu’avec le temps, les médias, les informations internationales, l’informatique, l’internet, les voyages, etc les étapes à traverser en qualité d’immigrant se sont bien améliorées pour certaines origines.

L’IMMIGRATION ET L’INTÉGRATION –

Texte de 1998

La peur de l’autre, d une culture inconnue, les stéréotypes sur les différences, l’indifférence volontaire sont de simples façons d’exprimer du racisme.  Pour ce qui est du français au Québec, il est bien mieux respecté qu’en France, avec souvent  de vieux mots de la langue de Molière, et pour beaucoup d’autres ce  sont des mots de la langue anglaise traduits. N’oublions pas que la colonisation française remonte au 17/18ème siècles, et qu’ensuite les anglophones se sont installés. C’est pour lutter contre l’anglais qu’ils se sont accrochés à la vieille langue en traduisant du mieux possible les expressions anglaises. On ne peut être qu’admiratif de cette volonté à sauver la langue française alors que la langue anglaise envahie le monde.

Immigration et Intégration : 

L’immigration…. mot souvent synonyme d’espoir, de  liberté, de bonheur, de courage, de persévérance mais aussi de désillusion, de solitude et d’isolement.

  • Le Canada.. Premier pays au monde pour sa qualité de vie…
  • Le Canada ..Pays d’accueil…
  • Le Québec.. Magnifique Province canadienne francophone…
  • Le Québec.. Province où il fait bon vivre, où la tolérance est de rigueur…
  • Le Québec.. Province où l’on impose le français aux immigrants…
  • Le Québec.. Province qui revendique sa souveraineté pour voler de ses propres ailes..
  • Le Québec.. Province à peupler pour se développer…Le Québec.. Le rêve américain en français… 

Rien n’est à contester dans tous ces avantages et toutes ces qualités. Quand nous arrivons au Québec nous sommes tous plein de rêves, plein d’espoirs avec deux buts : Travailler et vivre heureux. Nous voulons tous nous intégrer, nous fondre dans cette vie paisible, et participer à l’amélioration de cette terre d’accueil. Nous arrivons tous avec un vécu extérieur, avec ou sans diplômes, mais prêts à relever les manches pour partager notre savoir et apprendre ce que nous ne savons pas.  Nous suivons toutes les réunions, tous les cours obligatoires pour réussir notre insertion. Nous voulons fermement, intensément exister, si loin de nos racines. Certains mêmes  oublient, un tant soit peu, leurs racines pour avoir l’air plus vrais, plus dans la peau de l’autre. 

Nous sommes reconnaissants, et prêts à devenir des Américains du Nord, nous voulons le prouver (on a les mêmes devoirs et obligations envers ce pays qui nous a accueillis à bras ouverts qu’envers notre propre pays). 

Après ces multiples démarches nous nous lançons dans l’aventure : trouver un emploi, se faire des connaissances, des amis, et parfois fonder une famille !  Les recherches commencent : envois de CV, visites quotidiennes dans les centres d’emplois, études minutieuses de la rubrique « offres d’emplois » dans les journaux, appels téléphoniques, suivi des multiples sites Internet, etc. …  On guette le courrier, on attend près du téléphone, on contrôle  nos e-mails, on dépose directement les CV pour forcer le contact. On y croit toujours… bien que déjà 6 mois se sont écoulés, voire plus, sans aucun retour, ou quelque refus.  Pendant ces quelques mois on a essayé de rencontrer des gens pour échanger nos idées, pensées, souvenirs. On a même fait du bénévolat pour faciliter les rencontres et le contact. On s’est investi, on a dépensé pour exister et pour s’intégrer…. Mais le vide et la solitude sont là et bien là. La plupart des gens… gentils… que l’on rencontre à l’extérieur, et que l’on invite chez soi, ne vous invitent jamais dans leur intérieur! Les mois continuent à filer doucement et rien ne se passe jamais.  Alors on commence à s’interroger, à se remettre en question, à s’inquiéter, à paniquer sur l’argent qui diminue voire à regretter… On ne comprend pas pourquoi ce silence, pourquoi cette indifférence alors que nous pensons faire ce qui est bien pour réussir, et que nous donnons sans compter. Une remise en question commence à nous envahir, les projets d’un retour ou d’une recherche d’autres horizons plus prometteurs. Là on retombe dans l’engrenage d’un projet de retour, que je préfère qualifier d’émigration au pays d’origine et ce dans le pire des cas, puisqu’ avec le recul et le temps écoulé, le doute persiste quant à la réussite de la réintégration et la confiance en soi qui disparaît au fil des jours qui passent.  Si nous savions que la vie au Québec était douce et belle, nous ignorions que pour trouver un emploi au Québec, il fallait avoir fait ses preuves au Québec, et présenter un CV avec des références d’emplois québécois! 

Comment avoir des références d’emplois sans emplois ? 

Parfois on trouve un petit boulot, souvent non déclaré…. donc impossible à mettre dans un CV. Les plus nécessiteux, même super-diplômés, font des ménages, le taxi, voire la plonge.  Ce que nous ignorions également c’est que la majorité de nos chers diplômes ne sont pas reconnus au Québec (professions libérales, domaine de la construction, médecins, enseignants, infirmières, ingénieurs, comptables, etc..) et que si l’on veut exercer et évoluer dans notre branche nous devons retourner sur les bancs scolaires, pour obtenir les diplômes d’ici! Et là encore l’expérience à mettre dans ce foutu CV manque! Dans certaines professions les syndicats et les cartes professionnelles obligatoires, acquises avec le système de l’apprentissage, font barrières pour postuler dans les postes disponibles. A cela s’ajoute l’obligation de maîtriser l’anglais, en plus du français, pour accéder aux emplois liés à l’informatique et aux relations publiques.  En effet, à Montréal notamment, la majorité des emplois demandent à  être bilingues, car il ne faut pas perdre de vue que nous sommes la seule province francophone au milieu d’un continent anglophone, et que les commerces et le milieu des Affaires les contacts et échanges se font dans les deux langues. Alors parfois quand la réalité vous rattrape, que les économies se sont évaporées et que vous devez malgré tout assumer un quotidien,  un nouveau mode de vie s’impose, réapprendre à vivre de privations, de soutien financier, de biens et vêtements d’occasions dans les centres d’entraides. De bénévoles on devient assistés. Réapprendre à cacher sa misère matérielle, mais surtout morale, tout en continuant d’espérer le miracle de l’emploi.  Les plus malins profitent du système et du travail au noir. Les plus honnêtes et courageux persévèrent dans leur quête de trouver un travail. Les plus pessimistes repartent dans leur pays la douleur au cœur.  Il y a aussi les exceptions, comme moi, qui réussissent à trouver un bon emploi, et bien souvent c’est la femme. Quand on a réussi à traverser ce parcours dit « du combattant » alors on accède vraiment à une vie agréable, paisible et sécuritaire. On commence à rencontrer des gens et à créer notre cercle d’ami/es et une chaîne de solidarité, en restant solidaires envers tous les autres, se battre à leurs côtés et témoigner afin que la situation de l’immigrant évolue d’année en année…. Aujourd’hui et à force de témoignages et de concertations, les Gouvernements prennent enfin conscience du réel problème d’emploi et d’intégration qui existe au et à Québec. La situation s’améliore lentement  pour les milliers d’immigrants (et réfugiés) installés ou en cours d’installation que les bureaux d’immigration continuent de recruter. J’écris ce texte en pleine crise du Coronavirus. Ce fléau nous fait prendre conscience, combien nous sommes tous, Québécois « pure-laine » comme immigrés, vulnérables et embarqués dans la même galère. Alors profitons de cette détresse commune pour remettre à plat nos valeurs, et  partager une solidarité et une chaîne humaine sans barrières ni frontières.

C’est ensemble, en ajoutant nos forces et nos connaissances, que nous remettrons le Québec sur « rail »!

Mounette, auteure de « Au revoir la France, bonjour le Québec » https://www.edilivre.com/au-revoir-la-france-bonjour-le-quebec-mounette.html/

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